Charles Renouvier est un philosophe français, né le 1er janvier 1815 à Montpellier, mort le 1er septembre 1903 à Prades.

Biographie

Son père, Jean Antoine Renouvier, était député de l'Hérault sous le règne de Charles X. Appartenant à l'opposition, il protesta contre les ordonnances de juillet 1830. Son frère Jules fut également député de l'Hérault.

Il entra à l'École polytechnique en 1834, en sortit en 1836 et renonça aux fonctions publiques. De l'étude des sciences mathématiques, il passa à celle de la philosophie, à laquelle il resta constamment fidèle. Il engagera un dialogue amical et formateur avec Jules Lequier (1814-1862) dont il publiera, de manière posthume, l'œuvre qui cherchait à concilier la toute puissance de Dieu et l'absolue liberté des hommes. Il débuta dans la carrière philosophique en prenant part au concours ouvert par l'Académie des sciences morales et politiques sur l'histoire critique du cartésianisme. Le travail qu'il présenta à l'Académie à cette occasion et qui obtint une mention honorable, parut en 1842, avec d'importantes additions, sous le titre de Manuel de philosophie moderne.

Cet ouvrage, écrit alors qu'il n'était encore qu'un étudiant en philosophie, expose des idées, des conceptions, des visions, qu'il abandonna en grande partie plus tard. Il connaissait bien les systèmes, les analysait avec soin, les présentait avec exactitude et avec des résumés substantiels, voyait la portée des solutions proposées, mais se laissait dominer par elles et, n'ayant pas la force de prendre parti, s'ingéniait à les accorder entre elles.

En 1844, il fit paraître un Manuel de philosophie ancienne qui, avec le précédent, formait à l'époque une histoire presque complète de la philosophie. Ces deux manuels, trois volumes très compacts, riches de matières, fruit de vastes lectures, sont remarquables surtout en ce qu'ils montrent les rapports des doctrines philosophiques de chaque époque avec l'état des sciences et contiennent par là même une histoire du mouvement et des doctrines scientifiques.

Charles Renouvier

En même temps qu'il écrivait ses Manuels, il fournissait des articles à L'Encyclopédie nouvelle, fondée et dirigée par Pierre Leroux et Jean Reynaud. Les articles Descartes, Euler, Fatalisme, Fermat, Fichte, Ficin, Force, Panthéisme et Philosophie sont de sa main. Ce dernier article est un travail étendu qui pourrait former un volume ; il a certainement été écrit après les Manuels, car il marque comme une phase intermédiaire dans l'histoire de sa pensée. Il n'y arrive pas encore à nier la conciliation de l'infini et du fini et, en général, des antinomies. Mais il déclare, comme Hamilton, que l'union de l'infini et du fini en Dieu échappe à notre connaissance, et que le Dieu de la métaphysique dépasse l'usage analytique ou catégorique de la pensée. « Il conviendra, dans la limite des spéculations sur Dieu qui nous demeureront permises, que nous remplacions l'idée rigoureuse de l'infini par celle de l'indéfini. Celle-ci ne se soustrait point comme l'autre à l'imagination et à la pensée ; au contraire, elle les étend sur un champ toujours plus vaste sans que jamais leur objet soit perdu pour elle. » Ainsi, selon lui, on ne peut envisager en Dieu que les attributs anthropomorphiques et moraux, ceux qui se rapportent à nous ; les attributs métaphysiques sont inaccessibles à la pensée, au-dessus de la raison. Plus tard, il niera carrément ces attributs métaphysiques comme contraires à la raison ; il repoussera formellement l'idée de l'infini de nombre, de temps et d'espace, non seulement comme inaccessible, mais comme contradictoire.

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Sa pensée

Il admet avec Kant que « notre connaissance ne dépasse pas les phénomènes ». Toute existence qu'on imagine dans une autre sphère que celle de l'expérience sensible est à ses yeux une pure chimère. Des choses existant en elles-mêmes, hors des relations que nos sens nous font connaître, des substances telles que les conçoivent ou croient les concevoir la plupart des métaphysiciens, telles qu'ils imaginent Dieu et les âmes, ne sont que de vaines idoles, et la métaphysique n'est, selon lui, qu'idolologie. Dans la conception de quelque chose de parfait, de complet, d'un infini, d'une unité pure, d'une intelligence qui se considère elle-même et même d'un ordre et d'une science universels, il ne voit rien que de contradictoire et d'absurde ; la poursuite d'un absolu, quel qu'il soit, ne conduit, selon lui, qu'à un abîme d'erreurs ou plutôt de non-sens. Ces idées sont les mêmes qu'énumérèrent dans des termes peu différents, si ce ne sont les mêmes, Hamilton, Auguste Comte, Littré, Alexander Bain, Stuart Mill, Taine et tous ceux qui s'opposèrent à la métaphysique.

Il n'adhère pourtant pas pour autant à la doctrine positiviste : il lui reproche son sensualisme, qui lui paraît grossier et démontré nulle part. C'est être arriéré, à son avis, que de ne tenir aucun compte de ce que Kant a acquis à la science, à savoir que le sensible n'est dans les phénomènes, dans ce qui nous apparaît, qu'un élément, et qu'il y en a un autre sans lequel il ne saurait apparaître, et qui consiste dans les formes sous lesquelles nous le saisissons et qui sont de notre fait, ces manières de comprendre que Kant, après Aristote, nomma les catégories. Le positivisme, comme les doctrines matérialistes en général, prend les phénomènes en dehors de notre conscience, comme se suffisant par eux-mêmes, et sans considérer aucunement ce que nous leur donnons de forme et d'unité. Avec Kant, Renouvier remarque, au contraire, que le phénomène n'est ce qu'il est pour nous que dans la représentation que nous nous en faisons.

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Oeuvres

- Manuel de philosophie moderne (1842)
- Manuel de philosophie ancienne (1844, 2 vol.)
- Manuel républicain de l'homme et du citoyen (1848 in-18)
- Essais de critique générale (1854-64, 4 vol.). I. Traité de logique générale et de logique formelle. II. Traité de psychologie rationnelle d'après les principes du criticisme
- Uchronie1. Utopie dans l'Histoire (1857, 2e édition revue et augmentée : 1876)
- Science de la morale (1869, 2 vol. in-8°))
- L'Année philosophique (1868 et 1869, 2 vol.)
- Petit traité de morale à l'usage des Écoles Primaires laïques (1882)
- Esquisse d'une classification systématique des doctrines philosophiques (1885-86)
- Philosophie analytique de l'histoire (1896-97)
- Histoire et solution des problèmes métaphysiques (1901)
- Victor Hugo : Le Poète (1893)
- Nouvelle Monadologie avec Louis Prat (1898)
- Victor Hugo : Le Philosophe (1900)
- Les Dilemmes de la métaphysique pure (1901).
- Le Personnalisme (1903)
- Les derniers entretiens (1904)
- Critique de la doctrine de Kant (1906)
- Correspondance avec Ch. Secrétan (1910)

Traductions

- Psychologie de Hume (1878), en collaboration avec François Pillon.
- Les principes de la connaissance humaine, (publié en 1926) de Georges Berkeley.

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